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Les PFAS, un danger invisible

Publié le 17 janvier 2026

C’est un scandale qui fait grand bruit : les PFAS, polluants éternels, sont partout dans notre environnement. L’eau que l’on boit et la nourriture que l’on mange en sont remplis. Et pour cause, les industriels les utilisent dans tout un tas de produits du quotidien. Comment en est-on arrivés là, et quels impacts cette contamination générale a-t-elle sur notre santé et notre environnement ? Enfin, comment mettre fin à cette pollution généralisée et nous en protéger ? On fait le point.

Les PFAS ou « polluants éternels » : de quoi s’agit-il ?

PFAS

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), souvent appelés « polluants éternels » car difficilement dégradables, constituent une famille de plus de 10 000 produits chimiques de synthèse dont beaucoup restent encore à identifier. Leur utilisation s’est généralisée dans l’industrie et les produits de consommation depuis la fin des années 1940.

Leur structure chimique les rend très difficilement dégradables, ce qui explique leur accumulation dans tous les compartiments de l’environnement et dans les organismes humains, soulevant d’importants enjeux de santé publique et environnementale.

Sources PFAS

Caractéristiques et usages

Les PFAS sont prisés pour leurs multiples propriétés : ils sont anti-adhésifs, imperméables, anti-tâches, et résistent à des températures et conditions physiques extrêmes.

  • Omniprésence : on les retrouve dans presque tous les secteurs industriels (chimie, aérospatiale, électronique, énergie) et dans d’innombrables produits de consommation.
  • Exemples d’applications : le Téflon (revêtement antiadhésif), le Gore-Tex (imperméabilisant), les mousses anti-incendie, certains pesticides, implants médicaux et emballages alimentaires (Scotchban).
  • Persistance : ils sont très difficilement dégradables. Certains PFAS issus de la dégradation d’autres PFAS comme le TFA, le PFOA et le PFOS sont également des PFAS très stables.

Le cas particulier du TFA (Acide Trifluoroacétique)

Le TFA est la plus petite molécule de cette famille. Elle est principalement issue de la dégradation de PFAS, notamment de certains pesticides (comme l’herbicide flufénacet) et de fluides réfrigérants. Sa volatilité et son extrême persistance en font le PFAS le plus abondant et le plus répandu dans l’environnement.

Sources de contamination et voies d’exposition

La présence des PFAS dans l’environnement est uniquement d’origine anthropique (due à l’activité humaine). Des décennies d’utilisation généralisée, combinée à leur persistance et leur mobilité, ont entraîné leur présence dans tous les milieux et leur accumulation dans le corps humain et dans les organismes au sein des chaînes alimentaires.

Vue d’ensemble des voies d’émission et de dispersion des PFAS et d’exposition aux PFAS

Sources d’émissions dans l’environnement

  • Rejets industriels : les usines qui les produisent ou les emploient sont la première source d’émission. Vingt usines de fabrication de PFAS, dont seize toujours actives, ont été localisées en Europe en 2023. La France en compte cinq : deux à Pierre-Bénite (Rhône), une à Villers-Saint-Paul (Oise), une à Tavaux (Jura) et une autre à Salindres (Gard), dont la fermeture a été annoncée en octobre 2024 par Solvay.
  • Mousses anti-incendie
  • Sites de déchets et d’épuration : les sites de traitement des déchets (ménagers et dangereux) et des eaux usées (souvent sans équipement pour les filtrer) les rejettent tels quels dans l’environnement.
  • Épandage et agriculture : l’épandage de boues industrielles, de boues issues des stations d’épuration urbaine et de pesticides contribue à la dispersion des PFAS (plus d’une substance active sur dix autorisées comme pesticide dans l’Union Européenne (UE) est un PFAS).

Rejetés dans les eaux usées ou dispersés sur les sols, les PFAS polluent les nappes phréatiques et les cours d’eau, et donc l’eau potable. Relâchés dans l’air, ils retombent sur les sols et la végétation par l’intermédiaire des précipitations.

Exposition humaine

Principales voies d’exposition :

  • Par un contact direct au cours de leur fabrication
  • Par une utilisation professionnelle ou intensive de matériaux en contenant
  • Par l’usage ou le contact avec des produits traités aux PFAS, (par voie cutanée : textiles, cosmétiques)
  • Par l’exposition à des milieux environnementaux contaminés

Sources d’exposition :

  • L’alimentation (source principale), notamment la consommation de produits de la mer, d’œufs, de produits laitiers, de viande, de fruits, et d’aliments contaminés par les emballages alimentaires
  • L’eau de boisson
  • L’exposition professionnelle (employés d’usines, pompiers via les mousses anti-incendie)

Populations exposées :

  • Les populations les plus exposées sont : les employés d’usines qui les fabriquent ou les utilisent, ainsi que les professionnels qui les manipulent (pompiers)
    Dans une moindre mesure : les riverains des « hot spots » (les sites les plus contaminés). En France, les autorités recommandent de ne pas utiliser l’eau des puits privés ou les eaux pluviales, et d’éviter la consommation des fruits et légumes des jardins, ainsi que des œufs, véritables concentrés de PFAS, dans un périmètre de 500 mètres autour des hot spots.

Impacts sanitaires et défis pour la recherche

La diversité de la famille des PFAS rend l’évaluation de leurs effets complexe. La toxicité, connue en interne par des entreprises comme DuPont et 3M depuis les années 1960, n’est documentée par la recherche que depuis une quinzaine d’années. De plus, les connaissances restent limitées car seule une petite quantité des plus de 10 000 molécules a été étudiée en détail.

Effets documentés sur la santé

Les PFAS s’accumulent dans le corps humain, et les risques pour la santé surviennent surtout en cas d’exposition répétée et sur le long terme.

Bien que les études soient limitées à quelques molécules, principalement le PFOA et le PFOS (interdits depuis 2009 et 2020 car classés pour le PFOA comme cancérogène et pour le PFOS comme cancérogène possible pour l’être humain par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 2023), un certain nombre d’effets sur la santé ont été observés. 

Les effets les mieux documentés incluent :

Chez l’enfant

  • Diminution de la croissance fœtale et faible poids à la naissance (associé à un risque élevé de maladies)
  • Réponse immunitaire diminuée à la vaccination
  • Obésité et dyslipidémie (associée au cholestérol)
  • Puberté précoce
  • Pneumonie
Les effets suspectés et avérés de certains PFAS sur la santé humaine

Chez l’adulte

  • Hypothyroïdie, diabète et diabète gestationnel, cancer du sein, endométriose, syndrome des ovaires polykystiques et infertilité chez la femme
  • Cancer du rein
  • Cancer des testicules chez l’homme
  • Obésité et dyslipidémie (associée au cholestérol)
  • Lésions hépatiques
  • Colite ulcéreuse

Concernant le TFA : une évaluation est en cours au niveau européen, car des effets sur le foie et la reproduction des mammifères (risques de malformations) ont été récemment mis en évidence.

Défis pour la recherche

Les connaissances scientifiques sur les effets sanitaires restent limitées.

Insuffisance des données : la toxicité a été évaluée à partir d’une très faible quantité de données disponibles et pour un très petit nombre de PFAS (moins d’une dizaine, principalement le PFOA et le PFOS). Les études ne permettent pas d’évaluer la prévalence des pathologies ni les effets de l’exposition cumulée à plusieurs PFAS.

Multiplicité des molécules : la quantité pléthorique et les caractéristiques variées des molécules placent la communauté scientifique face au défi d’évaluer la toxicité de chaque composé.

Polluants émergents : alors que certains PFAS préoccupants sont éliminés, d’autres PFAS émergent en tant que substances alternatives, potentiellement avec de nouvelles conséquences sanitaires.

Réglementation

Face à l’ampleur du problème de santé publique, des mesures réglementaires sont en cours d’évolution au niveau international, européen et national. Les normes sur les PFAS sont en pleine évolution, en fonction des avancées de la recherche scientifique, et l’idée d’interdire toute la famille de PFAS fait son chemin. Des limites de qualité réglementaires sont indiquées dans les textes mais, ce qui manque actuellement, ce sont des seuils de sécurité : les niveaux de concentration sans danger de ces substances dans les aliments ou l’eau potable ne sont pas connus.

Au niveau international

  • Seuls trois PFAS sont interdits ou restreints : le PFOS (en 2009), le PFOA (en 2020) et le PFHxS (en 2022)

Au niveau européen

  • Eau de consommation humaine (EDCH) : la directive européenne de 2020 exige la recherche de 20 PFAS (TFA non inclus) depuis janvier 2026, avec une limite de qualité réglementaire de 0,1 µg/L pour la somme des 20 molécules.
  • Alimentation :

L’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a établi une dose hebdomadaire tolérable pour les adultes et les enfants (DHT) pour la somme des 4 PFAS (PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS) de 4,4 ng/kg de poids corporel par semaine. Depuis 2023, l’UE a établi des teneurs maximales pour ces 4 PFAS dans certains aliments d’origine animale. Les limites autorisées varient fortement selon le type d’aliment et même au sein d’un même type de denrée alimentaire. Les teneurs maximales autorisées pour chaque substance n’ont pas été établies en fonction de leur toxicité mais semblent basées sur des considérations économiques plutôt que sanitaires.

En 2022, la Commission Européenne a émis une recommandation, non contraignante, qui incite les États membres à mettre en place un plan de surveillance des PFAS au cours des années 2022 à 2025. En parallèle, plusieurs règlements européens encadrent la surveillance des contaminants dans les denrées alimentaires : concentrations seuils devant déclencher une enquête approfondie sur les causes de la contamination.

  • Un projet d’interdiction de toute la famille des PFAS a été présenté le 7 février 2023 par l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) : restriction universelle qui vise à interdire la fabrication, la mise sur le marché et l’utilisation de tous les PFAS au sein de l’Union européenne (UE). Elle n’est pas encore entrée en vigueur.
Surveillance PFAS

Au niveau français

  • Eau de consommation humaine (EDCH) : transposition de la directive européenne de 2020 en droit français (ordonnance de 2022). En 2026, les PFAS (TFA non inclus) seront intégrés dans le contrôle sanitaire de routine de l’eau de consommation.
  • Directive-cadre européenne sur l’eau (DCE) et arrêté national du 26 avril 2022 : suivi régulier des PFAS dans les eaux de surface et dans les eaux souterraines.
  • Un plan d’action interministériel a été élaboré début 2024. Une carte, élaborée par le BRGM (Bureau de recherche géologiques et minières).  Info PFAS - Ma carte IGN, des résultats d’analyses des PFAS dans l’eau (eau du robinet, souterraine, nappes phréatiques, cours d’eau) a été rendue publique en juillet 2025
D’après la carte élaborée par le BRGM
  • Résultats pour des villes en Côte d’Or et en Haute Marne dans lesquelles la concentration en PFAS est plus élevée que le seuil autorisé (0.1 µg/L)
    • Perrigny Les Dijon (21) le 22/05/2025 : eau souterraine 0.12 µg/L
    • Marsannay La Côte (21) le 22/05/2025 : eau souterraine 0.19 µg/L
    • Langres (52) le 07/02/2025 : cours d’eau 0.2 µg/L
  • Surveillance des rejets vers une station d’épuration d’un site industriel à Dijon : Amcor Flexibles Packaging France entre 07/11/2024 et 13/01/2025
    • Sur 20 PFAS recherchés le Sul PFOS présente des taux très importants en 2024 : 8.81 µg/L le 7/11/2024, 39.1 µg/L le 19/12/2024 mais 0.1µg/L (normal), le 13/01/2025.
       

Solutions et Perspectives

Comment se protéger des PFAS ?

Une réduction des apports par l’alimentation et l’eau permet de diminuer l’imprégnation des populations les plus exposées aux PFAS mais ne fait pas baisser la charge corporelle accumulée au fil du temps dans l’organisme. De plus, les valeurs limites déterminées par les autorités chutent au fil de l’acquisition des connaissances scientifiques.

L’établissement d’une limite sanitaire pour un nombre plus élevé de PFAS que les 4 PFAS réglementés (PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS) est donc une priorité.

Solutions de décontamination

La décontamination des milieux contaminés est un défi considérable : économique par le coût des techniques à employer et technique en raison des faibles concentrations et du mélange des molécules rendant les possibilités de recyclage extrêmement limitées.

  • Arrêt de la production : objectif à long terme de ne plus produire ni utiliser les PFAS.
  • Substitution : éviter les usages non essentiels et substituer dès que possible par des produits chimiques non fluorés ou des méthodes alternatives pour les usages incontournables. Pour les usages sans alternative, réglementer et exiger la plus grande transparence sur la présence des molécules et les risques associés.
  • Filtration sur charbon actif est une solution efficace pour l’eau (comme à Rumilly, ville de production des poêles TefalTM). Il faut s’assurer du devenir des PFAS dans les filtres usagés. Les filtres peuvent être brûlés à haute température ou régénérés.
  • Dégradation : la seule piste actuelle est la combustion à haute température (1400°C), qui est énergétiquement coûteuse et nécessite de piéger le fluorure d’hydrogène toxique formé.  Des recherches sont en cours sur l’utilisation d’ultrasons.

Conclusion

Face aux enjeux sanitaires et environnementaux, des efforts conséquents de recherche sont nécessaires pour mieux comprendre les effets de ces molécules, dont la diversité est considérable et les propriétés très variées. Seules des mesures collectives et à grande échelle peuvent avoir un impact sur la contamination généralisée de notre environnement. C’est pourquoi l’idée d’interdire tous les PFAS a fait son chemin ces dernières années.

Une approche réglementaire de précaution qui reconnaisse les importantes lacunes en matière de données toxicologiques et les risques potentiels pour la santé publique, y compris pour les enfants, est à développer. Il est essentiel d’identifier des solutions de substitution et de développer des méthodes de remédiation efficaces.

En attendant ces avancées, il est impératif d’assurer un suivi précis de la présence et du devenir des PFAS dans différents milieux et dans l’alimentation. Leur émission dans l’environnement doit être totalement interdite.

Face à ces incertitudes, les ONG demandent l’intégration du TFA dans le plan de contrôle de l’eau et dans les produits alimentaires, l’adoption de normes «plus strictes et protectrices», le renfort des contrôles sur les rejets industriels et l’interdiction des pesticides classés comme PFAS.

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